La langue et la génétique du peuple Kète résistent aux classifications traditionnelles de l’Eurasie.
Les Kètes sont un peuple autochtone vivant en Sibérie et considéré comme l’un des plus petits groupes ethniques de la région. Il s’agit des derniers descendants nomades et chasseurs-cueilleurs de la taïga sibérienne.
Leur apparence, leur langue et leur mode de vie traditionnel semi-nomade ont laissé les chercheurs confus quant à leurs origines, certains suggérant un lien avec les tribus indigènes d’Amérique du Nord.
Il y a même du folklore Kète qui dit qu’ils sont venus de l’espace.
Quelle est la véritable origine de ces personnes apparemment inhabituelles?
Le peuple Kète s’installe en Sibérie
Le mot «kète» peut être traduit par «homme» ou «humain» et est le nom moderne de ce groupe ethnique sibérien particulier. Avant cela, cependant, ils étaient connus sous le nom d’Ostyaks ou Yenisei Ostyaks (un mot turc signifiant « étranger »), un reflet de la région où ils vivaient.
Les Kètes se sont installés à l’origine dans le bassin moyen et inférieur du fleuve Ienisseï, qui est situé sur le territoire moderne de Krasnoïarsk du district fédéral sibérien de Russie.
Traditionnellement, ils menaient une vie nomade, chassant et échangeant des fourrures d’animaux tels que l’écureuil, le renard, le cerf, le lièvre et l’ours avec les commerçants russes.
Ils construisaient des tentes en bois, en écorce et en peaux de bouleau, élevaient des cerfs et pêchaient en canot. Beaucoup de ces activités sont pratiquées à ce jour.

Alors que la population kète est restée remarquablement stable à environ 1 000 personnes tout au long du XXe siècle, le nombre de locuteurs du langage Kète a progressivement diminué. Cette langue est unique car elle est considérée comme un « fossile linguistique vivant ».
Les recherches linguistiques menées dans la langue kète ont conduit à la théorie selon laquelle ce peuple est en quelque sorte lié à certaines tribus amérindiennes d’Amérique du Nord, et que ces dernières ont migré de Sibérie il y a plusieurs millénaires.
Culture
La culture de cette très petite tribu regorge de mystères et de secrets. Comme beaucoup d’autres peuples de Sibérie occidentale, les Kètes animent le monde qui les entoure, le considérant comme vivant.
Les missionnaires omniprésents de l’Église orthodoxe russe ont essayé de changer cette croyance, mais rien de bon n’est sorti de cette entreprise. Les Kètes ont toujours conservé leurs anciennes croyances.
Les Kèts vivent dans une région rude mais étonnamment belle. Et à l’heure actuelle, ils ont conservé une attitude prudente, parfois même respectueuse envers la nature qui les entoure. Cette culture est héritée d’ancêtres lointains.
Les minuscules colonies des Kètes sont situées principalement sur les rives du cours moyen et inférieur du Yenisei. Hélas, l’histoire de ce peuple s’est « perdue » dans l’épaisseur du temps. Seules les légendes subsistent.
Folklore kète
Selon une légende Kète, les Kètes étaient des extraterrestres venus des étoiles. Selon une autre légende, les Kètes se sont installés à l’origine dans le sud de la Sibérie, soit dans la région des montagnes de l’Altaï et du Sayan, soit entre la Mongolie et le lac Baïkal.
Cependant, l’arrivée des envahisseurs dans cette zone obligea les Kètes à fuir vers la taïga sibérienne au nord.
Les légendes disent que ces envahisseurs étaient les Tistadas, ou « peuple de la pierre », qui ont peut-être été l’un des peuples qui ont formé les premières confédérations steppiques des Huns. On suppose également que ces peuples étaient des éleveurs nomades de rennes et de chevaux.

La langue mystérieuse du peuple Kète
On peut dire que l’aspect le plus intrigant du peuple Kète est sa langue. Pour commencer, la langue kète ne ressemble à aucune autre langue parlée en Sibérie.
En fait, cette langue appartient au groupe linguistique connu sous le nom de Yenisei, qui se compose d’un certain nombre de langues apparentées parlées dans la région de Yenisei.
Hormis le kète, toutes les autres langues de cette famille sont aujourd’hui éteintes. La langue yug, par exemple, a été déclarée éteinte en 1990, tandis que les autres, y compris le kottic et l’arin, ont disparu au 19e siècle.
On craint que la langue kète ne disparaisse également à l’avenir. Selon les recensements effectués au XXe siècle, la population Kète est restée stable pendant des décennies, sans augmentation ni diminution.
Cependant, il est alarmant de constater que le nombre de Kètes capables de parler leur langue maternelle est en baisse.
Par exemple, lors du recensement de 1989, 1 113 Kètes ont été enregistrés. Cependant, seulement environ la moitié d’entre eux parlaient le kète, et la situation empirait.
Un rapport d’Al Jazeera de 2016, par exemple, a fait valoir qu ‘«il ne reste peut-être que quelques dizaines de personnes qui parlent couramment le kète, et principalement des personnes de plus de 60 ans».

Origine nord-américaine ?
La langue kète a attiré l’attention des linguistes car on pense qu’elle descend d’une langue proto-yénisienne qui aurait pu être apparentée à des langues aussi diverses que le basque en Espagne, le barusaski en Inde, le chinois et le tibétain.
Edward Vajda, linguiste historique à la Western Washington University, a même émis l’hypothèse que le kète pourrait être lié à la famille des langues na-dene nord-américaines, qui comprend des langues telles que le tlingit et l’athabaskan.
Leurs traditions chamaniques et leur vision du monde
La vision du monde et les traditions chamaniques des Kètes reposent sur un animisme profondément ancré dans la taïga sibérienne, caractérisé par un univers divisé et une lutte constante entre forces bienveillantes et malveillantes.
Une cosmologie en trois mondes
Les Kètes conçoivent l’univers comme une structure verticale composée de trois niveaux reliés entre eux :
- Le monde supérieur (le Ciel) : C’est le domaine d’Es, le dieu suprême bienveillant, créateur de l’univers et associé au ciel pur. Il incarne le principe masculin et le bien.
- Le monde intermédiaire (la Terre) : C’est le lieu où vivent les humains, les animaux et de nombreux esprits de la nature (les dei), comme l’esprit de la taïga ou l’esprit du fleuve Ienisseï.
- Le monde inférieur (le Souterrain) : C’est le royaume des morts et des ténèbres. Il est gouverné par Hoseadam, l’ancienne épouse d’Es. Bannie du ciel par son mari à la suite d’une infidélité, elle est devenue la divinité maléfique suprême, propageant les maladies, la mort et dévorant l’âme des humains.
Le rôle central du chamane (Sening)
Chez les Kètes, le chamanisme n’était pas un choix, mais une élection spirituelle souvent douloureuse (la « maladie chamanique »). Le chamane jouait un rôle de médiateur et de protecteur :
- Le voyage de l’âme : Lors des rituels, le chamane entrait en transe au son de son tambour pour faire voyager son âme dans les différents mondes. Son but principal était de négocier avec Hoseadam pour récupérer l’âme d’un malade ou d’apaiser les esprits de la nature pour assurer une bonne chasse.
- Les chamanes « blancs » et « ours » : Les Kètes distinguaient plusieurs types de chamanes. Les plus puissants étaient associés aux esprits des oiseaux migrateurs (qui s’élèvent vers Es) ou à l’ours, considéré comme un ancêtre et un juge sacré.
Les esprits domestiques et le culte de l’ours
La spiritualité kète imprégnait les moindres aspects de la vie quotidienne à travers des rituels familiaux :
- Les Alel (esprits protecteurs) : Chaque famille possédait des figurines anthropomorphes en bois ou en os habillées de bouts de fourrure, représentant les ancêtres féminines. Ces statuettes, appelées Alel, protégeaient le foyer. On les nourrissait symboliquement en leur déposant de la graisse sur la bouche avant chaque repas. Si la famille connaissait le malheur, on considérait que l’Alel était fâchée ou impuissante.
- Le culte de l’ours : L’ours (koy) occupait une place sacrée. Lorsqu’un ours était tué pour se nourrir, les Kètes organisaient une « fête de l’ours » pour s’excuser auprès de l’animal. Il était interdit de briser ses os, et son crâne était suspendu à un arbre dans la taïga pour que son esprit puisse se réincarner.
La comparaison entre la mythologie des Kètes (derniers locuteurs des langues ienisseïennes) et celle des Amérindiens Na-Déné (comme les Athabascans, les Navajos ou les Tlingits) constitue l’un des volets les plus fascinants de l’hypothèse d’Edward Vajda sur la famille linguistique déné-ienisseïenne.
Si des milliers d’années de séparation géographique ont modifié les récits, plusieurs correspondances structurelles frappantes subsistent entre les Kètes et les Amérindiens.
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