Résonance

La demeure du démon et la théorie M

Existe-t-il un moyen de trouver un chemin vers « l’autre monde » grâce à la science moderne ?

Comment trouver son chemin vers un endroit où aucun chemin connu ne mène ? Comment ouvrir les portes de l’inconnu, s’il n’y a pas de clé, et que l’on ne sait pas où se trouvent les portes elles-mêmes ? S’il n’y a pas de chemin vers un certain plan, cela signifie-t-il qu’il n’existe pas ?

Deux points de vue théoriques classiques sur la nature du divin et de tout ce qui est hors du monde se sont affrontés. L’un des adversaires, le fougueux, tente de prouver la réalité des démons, en se référant exclusivement à des sources religieuses et quasi-religieuses, le second, avec un sourire froid, fait appel à la logique et à la science.

Comme nous le comprenons, ils n’aboutissent finalement à rien, puisqu’il n’y a pas de point commun à partir duquel ils pourraient procéder. Mais en y regardant de plus près, nous pourrions trouver une base scientifique à l’existence de « l’autre monde ».

Alors, comment trouver un endroit qui n’existe pas, pour prouver qu’il existe, ou du moins qu’il devrait exister ?

Avez-vous entendu parler de la théorie des cordes, ou pour être plus précis de la théorie M ?

La théorie des cordes est une tentative de combiner la mécanique quantique et la théorie de la relativité, et de construire sur leur base la théorie de la gravité quantique, qui décrira toutes les interactions physiques possibles et deviendra la théorie du tout.

Dans la théorie quantique des cordes, il existe une direction avancée appelée M-Théorie. Il s’agit de la théorie des matrices ou des membranes.

Les cordes quantiques sont des objets quantiques de la longueur de Planck, et toutes les particules de l’univers et leurs interactions fondamentales sont animées par les vibrations de ces cordes. Mathématiquement, il s’agit d’un modèle très commode et clairement décrit, bien qu’il soit physiquement impossible de détecter de telles structures dans la pratique. Par conséquent, il est impossible de mener une expérience critique. Cependant, plus précisément.

La théorie des cordes est très controversée, mais elle devient cohérente lorsqu’elle est appliquée à des réalités de dimensions supérieures (en d’autres termes, à d’autres dimensions).

Comme nous le savons, nous existons dans un espace à 4 dimensions. Une dimension supplémentaire s’ajoute à la hauteur, à la longueur et à la largeur : le temps. Dans notre espace à 4 dimensions, la théorie des cordes fonctionne tant bien que mal, mais avec l’augmentation de la dimension, tout se met soudainement en place, et la théorie commence à fonctionner mathématiquement. C’est-à-dire qu’une conséquence directe de la théorie des cordes est la multidimensionnalité de l’espace.

La théorie M développe cette idée.

Afin de détecter la gravité quantique et de combiner toutes les interactions physiques connues, les scientifiques ont été contraints de supposer qu’il existe d’hypothétiques objets physiques multidimensionnels fondamentaux dont la dimension est inférieure à celle de l’espace dans lequel ils se trouvent. Ils les ont appelés branes (membrane). Une membrane est une surface bidimensionnelle, et une brane, ou tribrane, peut être une surface tridimensionnelle dans un espace de dimension supérieure. Tout comme notre monde. Mais autour de notre brane, il doit y avoir une infinité d’autres branes, beaucoup plus grandes et avec plus de dimensions. C’est-à-dire des mondes, des réalités et des univers complètement différents.

Mais alors pourquoi ne les remarque-t-on pas ? Comment s’y frayer un chemin ? Les physiciens supposent que les branes sont impénétrables les unes aux autres. La seule chose la plus faible de la brane, ce sont les gravitons, des particules hypothétiques qui véhiculent la force gravitationnelle. Et c’est là que nous nous heurtons à la gravité quantique qui devrait pouvoir nous ouvrir les portes d’autres dimensions.

Pour en revenir au sujet de l’existence des mondes démoniaques et sur la base de la théorie quantique des cordes, nous supposons que l’Univers a de nombreuses dimensions et différents mondes qui existent sous la forme de branes, alors la question de l’existence de l’autre monde est supprimée d’elle-même. Et pour trouver le chemin de la demeure des démons, nous avons besoin de découvertes totalement révolutionnaires dans le domaine de la gravité quantique.

Nous pourrions établir des parallèles avec Stranger Things et le voyage vers l’Upside Down, un voyage non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps – et cela semble encore plus plausible si nous rappelons leur connexion du point de vue de la physique.

L’Upside Down (ou Monde à l’Envers) dans Stranger Things est une copie conforme et tordue de la ville de Hawkins, figée au 6 novembre 1983, jour de la disparition de Will Byers.

Nature et Origine de l’Upside Down

  • Un instantané temporel : Ce monde ne s’est jamais développé après 1983. Les objets, les décors et les souvenirs y sont restés bloqués au moment exact de la fracture.
  • Un pont dimensionnel : Il fonctionne comme un trou de ver (un pont d’Einstein-Rosen) agissant comme une passerelle entre notre réalité et la Dimension X, le lieu d’exil initial d’Henry Creel / Vecna.
  • La création : L’ouverture de cette brèche est intimement liée aux pouvoirs d’Onze (Eleven) et à son premier contact psychique avec le Démogorgon.

L’hypothèse des branes (issue de la théorie des cordes et de la cosmologie branaire) offre un cadre théorique fascinant pour expliquer scientifiquement le fonctionnement de l’Upside Down. Dans ce modèle, notre univers observable n’est qu’une membrane tridimensionnelle (une 3-brane) flottant dans un espace-temps à dimensions supérieures, appelé le Bulk (l’Hyperespace).

Voici comment la physique théorique des branes permet de décoder les voyages vers le Monde à l’Envers :

1. La Proximité Immédiate mais Invisible (L’Effet « Ombre »)

Le concept : Deux branes peuvent être situées à une distance infiniment petite l’une de l’autre dans la dimension supplémentaire (la 5e dimension), tout en restant totalement invisibles et inaccessibles l’une pour l’autre en temps normal.

Dans la série : Hawkins et l’Upside Down occupent le même espace physique, mais sont séparés par un « vide » dimensionnel. Les personnages peuvent être au même endroit (comme la maison des Byers), s’entendre de manière étouffée ou ressentir des variations électromagnétiques, sans jamais se voir.

2. La Gravité et l’Électromagnétisme : Les Seuls Messagers

Dans la théorie des cordes, les forces de la nature se comportent différemment :

Les forces confinées (Cordes ouvertes) : La lumière (l’électromagnétisme) et la matière de notre monde sont constituées de cordes ouvertes, dont les extrémités sont « collées » à notre brane. C’est pourquoi la lumière ne traverse pas directement les dimensions : vous ne pouvez pas voir l’Upside Down à l’œil nu.

La gravité trans-dimensionnelle (Cordes fermées) : Les gravitons sont des cordes fermées (des boucles). Ils ne sont pas attachés à une brane et peuvent voyager dans le Bulk.

Dans la série : C’est scientifiquement cohérent avec le fait que les interactions entre les deux mondes se manifestent presque toujours par des perturbations gravitationnelles et électromagnétiques (les ampoules qui clignotent, les boussoles qui s’affolent).

3. La Création des Portails (Gate) : Le Froissement de Branes

Le concept : Pour passer d’une brane à une autre, il faut générer une quantité d’énergie phénoménale capable de courber l’espace-temps local jusqu’à ce que les deux membranes se touchent ou créent un tunnel (un trou de ver inter-branaire).

Dans la série : Les pouvoirs psychiques d’Onze (Eleven) agissent comme un accélérateur de particules biologique. En entrant en contact avec le Démogorgon, elle libère une énergie massive qui « déchire » le tissu spatial de notre brane, créant une singularité stable (le portail du laboratoire de Hawkins) qui connecte physiquement les deux feuillets dimensionnels.

La science moderne en est séparée, non pas par des centaines, mais par des milliers d’années, selon de nombreux scientifiques. Par conséquent, même si nous savons théoriquement où aller et comment ouvrir la porte, en pratique nous ne sommes pas capables de le faire.

Nous touchons là à la frontière entre la spéculation mathématique élégante et la réalité empirique de la physique actuelle.

Bien que la cosmologie branaire (issue de la théorie des cordes et de la théorie M) soit mathématiquement solide, la science moderne se heurte aujourd’hui à deux obstacles majeurs :

1. Le mur de l’expérimentation

Pour valider l’existence de dimensions supplémentaires ou de branes parallèles, il faudrait pouvoir les tester.

  • L’énergie requise : Sonder des échelles aussi petites que la « longueur de Planck » (où ces dimensions se cacheraient) nécessiterait des accélérateurs de particules de la taille d’une galaxie, bien au-delà des capacités du LHC (Grand collisionneur de hadrons) du CERN.
  • La fuite des gravitons : Les physiciens ont cherché des signes de « disparition » d’énergie lors des collisions de particules (ce qui prouverait que des gravitons s’échappent vers une autre brane/dimension), mais aucun signal n’a été détecté jusqu’à présent.

2. Le fossé entre la théorie et la fiction

Dans Stranger Things, la transition entre les mondes se fait à échelle macroscopique (des humains entiers traversent un portail visqueux dans un mur).

En physique théorique, si des micro-trous de ver ou des contacts entre branes étaient possibles, ils se produiraient à une échelle subatomique et seraient d’une instabilité chronique, s’effondrant en une fraction de seconde sans un apport massif d’une hypothétique « matière exotique » à énergie négative.

La pop-culture comme laboratoire d’idées

C’est précisément là que la science-fiction prend le relais. Elle utilise des concepts scientifiques réels mais non prouvés (les branes, le multivers, les trous de ver) et comble le vide technologique par un élément fantastique — ici, les capacités psychokinétiques d’Onze, qui agissent comme le pont énergétique que nos machines sont incapables de créer.

L’Upside Down reste donc une magnifique métaphore visuelle de théories physiques qui, pour l’instant, ne vivent que sur le tableau noir des chercheurs.

On se voit de l’autre côté, un de ces jours, en tout cas….


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