Connaissance

Gematria. Le lien entre les chiffres et les lettres

L’origine hébraïque de la gématrie.

Comptez les valeurs numériques
Des lettres au nom de Néron,
Et dans «assassiné sa propre mère»:
Vous constaterez que la somme est la même.

Ceci, écrit sur un mur de Rome vers 60 de notre ère, indique une rumeur répandue (et très probablement vraie) qui circulait à propos du méchant empereur Néron: qu’il avait tué sa mère, Agrippine. C’est l’une des premières utilisations enregistrées de la gématrie.

Par cette technique, vous additionnez le nombre équivalent de lettres dans l’alphabet. Si les nombres sont les mêmes pour deux mots ou phrases différents, ils indiquent un lien entre les deux choses – et peuvent même suggérer qu’ils sont identiques. Ce calcul particulier a été fait en grec. Si vous additionnez les valeurs numériques des lettres grecques en Néron (Néron) et dans l’expression idian metera apekteine («tué sa propre mère»), elles sont toutes deux égales à 1005.

Le verset ci-dessus a été cité par l’historien romain Suétone. Si Suetonius avait raison à propos de cette histoire, l’utilisation de la gématrie était si bien connue dans la Rome du premier siècle qu’elle pouvait être utilisée par n’importe quel délinquant (bien que très instruit) griffonnant un commentaire désagréable sur un mur.

La gématrie est basée sur le fait que les alphabets de certaines langues ont une double fonction de lettres et de chiffres.

C’est certainement le cas du grec ancien et de l’hébreu, et cela fait de la gématrie une technique particulièrement fascinante lorsque ces langues sont impliquées.

Curieusement, l’utilisation la plus connue de la gématrie concerne également Néron. Selon toute vraisemblance, il est la célèbre bête d’Apocalypse 13:18, qui se lit comme suit :

«Voici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence compte le nombre de la bête, car c’est le nombre d’un homme; et son nombre est six cent soixante-six.

Les savants conviennent généralement que cela fait référence à Néron, car les lettres hébraïques des mots «Nero César» totalisent en fait 666.

Cette identification correspond également à  cette époque, puisque l’Apocalypse, au moins en partie, date probablement de l’époque de la guerre juive de 66-73 CE, au cours de laquelle la province de Judée s’est rebellée de Rome et a été écrasée par l’armée romaine. Néron, dont la cruauté était excessive même selon les normes romaines, et a été renversé en 68.

Le nombre 666, étant celui de la Bête, est parfois contrasté avec 888, qui par la gématrie grecque est le nombre de Jésus , bien qu’en table de neuf de notre alphabet, le nom Jésus donne 666, au même titre que celui de Lucifer.

Alors d’où vient la gématrie?

C’est un mot hébreu, dérivé du grec geometria («géométrie») ou éventuellement grammateia («grammaire»). Comme nous venons de le voir, l’une des premières instances de gématrie est basée sur les lettres grecques. Mais les Grecs ne l’ont pas inventé. Peut-être que les Babyloniens l’ont fait.

La plus ancienne utilisation connue de la gématrie apparaît dans une inscription du règne du roi babylonien Sargon II (727-707 avant notre ère). Il dit que Sargon a construit le mur de la ville de Khorsabad «équivalent à la valeur de son nom», qui, selon le calcul babylonien, était de 16 283 coudées.

Néanmoins, c’est la tradition juive, en particulier sa souche mystique connue sous le nom de Kabbale, qui a poussé le plus loin la gématria. L’utilisation la plus connue de la gématria a à voir avec le mot ‘Haï («vie»), dont la valeur numérique est égale à dix-huit, faisant de dix-huit un nombre traditionnellement chanceux pour les juifs.

Trente-six, deux fois dix-huit, indiquant ainsi deux vies (vraisemblablement céleste et terrestre), est un nombre encore plus important.

Selon la tradition juive, à tout moment, il y a trente-six justes sur Terre pour le bien de qui le monde est préservé, peu importe à quel point il peut devenir méchant. Leur identité n’est connue de personne, pour la plupart même pas d’eux-mêmes. Si quelqu’un prétend être l’un d’entre eux, c’est un signe certain qu’il ne l’est pas.

Trente-six peuvent également avoir une autre signification: il est écrit avec les lettres hébraïques lamed et vav , qui valent respectivement trente et six. Ces lettres épellent le mot LO , «à lui», indiquant peut-être que ces trente-six appartiennent spécialement à Dieu. Les trente-six justes sont parfois connus sous le nom de «lamed-vavniks».

Bien plus célèbre que la gématria, bien sûr, la numérologie est basée sur le même principe. Bien que cette méthode semble plus artificielle en anglais et dans d’autres langues modernes, dont les alphabets ne servent pas de chiffres, elle a toujours été populaire. Il se concentre généralement sur la détermination du sort d’une personne en additionnant les chiffres associés aux lettres de son nom, ou parfois les chiffres de sa date de naissance. Il existe d’innombrables guides de numérologie disponibles.

Il y a vingt-deux lettres hébraïques comme il y en avait 22 dans l’alphabet phénicien. Et le nombre 22 a une signification mystique méconnue. Cela vient du fait qu’il y a exactement vingt-deux polygones réguliers qui peuvent être inscrits dans un cercle.

Pourquoi cette idée devrait-elle avoir une importance? Probablement parce que le cercle, dont les dimensions sont basées sur pi, un nombre irrationnel, représente l’invisible – donc le ciel.

Les polygones, qui ont tous des dimensions qui peuvent être exprimées en nombres rationnels, représentent le visible – donc la terre. Ces vingt-deux chiffres symboliseraient ainsi l’interaction du ciel et de la terre.

Ce schéma est, pour autant que je sache, presque inconnu dans le monde anglophone. Je l’ai rencontré dans deux sources, toutes deux publiées à l’origine en français: «La Bible: un document codé» de Raymond Abellio, et Gnose: étude et commentaires sur la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale de Boris Mouravieff. Ce dernier a été traduit en anglais.

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Abellio souligne que la valeur numérique ésotérique de chaque lettre hébraïque correspond au nombre de côtés du polygone auquel elle se rapporte.

Par exemple, la première lettre hébraïque : aleph, correspond au triangle, le premier des polygones réguliers. Par conséquent, la valeur ésotérique de l’aleph est de trois. (Sa valeur dans les versions plus familières de la gématria est 1, car c’est la première lettre de l’alphabet.) La deuxième lettre, beth , a la valeur de quatre, car elle correspond au polygone suivant, le carré, qui a quatre côtés , etc.

Mouravieff ajoute une autre dimension à cette image.

En premier lieu, il dit que ce système a été exposé de manière ésotérique dans le 118ème Psaume. Ce psaume, de loin le plus long, se compose de vingt-deux strophes, dont chacune correspond à l’une des lettres hébraïques. Les huit lignes de chaque strophe commencent toutes par cette lettre. Je n’ai jamais trouvé facile de trouver ces significations plus profondes dans ce psaume, mais cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas.

En second lieu, Mouravieff donne un tableau des significations ésotériques de ces nombres. Bien qu’il insiste sur le fait qu’elles ne sont pas assimilées à des images de la tradition chrétienne ésotérique et qu’il ne mentionne pas le Tarot, sa liste présente une ressemblance frappante – du moins à certains points – avec les arcanes majeurs du jeu de tarot.

Par exemple, selon Mouravieff, la clé de trois a le sens «Amour (issu du principe féminin), Reine des Cieux». Il est facile de voir la ressemblance entre cette description et la carte de l’Impératrice, le troisième des atouts du Tarot. La clé de treize a le sens «chute, décomposition, mort». Quiconque connaît le Tarot verra immédiatement que cela correspond directement à la treizième arcane, qui est l’arcane sans nom. La clé de quinze a le sens «pensée, calcul, mensonge, illusion», qui correspond à nouveau parfaitement à la carte du diable.

Le dernier nombre est particulièrement intéressant. Le vingt-deuxième atout a la signification «le tout, dans l’espace et le temps aussi bien que hors de l’espace et du temps, comprenant le perceptible et l’imperceptible, l’imaginable aussi bien que l’inimaginable». Le vingt-deuxième chiffre est le 360-gon, qui a 360 côtés.

Il est donc frappant de rappeler que le vingt-deuxième atout du Tarot est le fou. De plus, son numéro est donné comme zéro dans la plupart des ponts, ce qui ressemble à nouveau à un cercle.

Ce système de polygones dans le cercle peut fournir un lien entre le Tarot et les lettres hébraïques, ce qui était posé par le mage français Éliphas Lévi au XIXe siècle, mais la plupart des savants aujourd’hui ne le prennent plus au sérieux. Il est possible, alors, que les atouts du Tarot n’aient pas été modelés sur les lettres hébraïques ou vice versa, mais ils ont tous deux été inspirés par le même schéma géométrique.

Mouravieff fait allusion à la manière dont on pourrait utiliser la gematria :

«Chacun de ces Nombres contient à son tour tout un faisceau d’idées, liées entre elles par une idée générale qui échappe souvent à l’esprit encore inexpérimenté dans cette recherche contemplative. La contemplation de ces idées et de ces chiffres est tout aussi importante que toute connaissance factuelle qu’elle peut véhiculer.

Ainsi, comme pour d’autres codes ésotériques, la simple information n’est qu’une petite partie de l’image. Les connaissances impliquées ne sont pas simplement un ensemble de faits, mais la perception des interconnexions entre des choses qui semblaient auparavant séparées et isolées. Ce genre de pratique, nous pouvons le supposer, est une manière de former et d’intégrer l’esprit. De cette manière, il aide la conscience individuelle à correspondre plus étroitement à l’Unité primordiale et intégrée qui sous-tend toutes choses.

Guématria, Temourah et Notariqon

« Quiconque croit en se fondant sur des preuves, il n’y a pas à se fier à sa foi ». Ibn Arabi

« La Guematria est une méthode d’exégèse biblique établissant une correspondance entre les lettres, mots et versets de la Torah d’une part, et des nombres d’autre part ; comme telle, elle permet d’ouvrir de nouveaux horizons dans la compréhension du texte », Chalom Leubmen.

Les lettres hébraïques offrent la particularité d’avoir une valeur numérique et d’offrir ainsi la possibilité d’opérer des parallèles entre des mots différents, mais de même valeur arithmétique.

Le kabbaliste travaille grâce à certains procédés qui lui ouvrent les portes de l’intimité des mots et des versets de la Torah. Ainsi que Marc-Alain Ouaknin nous le dit :

« La guématria ouvre un nouvel espace textuel de relation et de transition. En passant du mot lettre au mot chiffre, la guématria introduit une infinité à travers un système fini, pour un enrichissement progressif des phénomènes, quand aux relations intelligibles qui les enserrent. La guématria d’un mot, est pour nous indiquer qu’il demeurera toujours une différence entre le mot écrit, et l’ensemble des termes susceptibles de l’exprimer ».

Lettre hébraïque / Valeur numérique

  • א Aleph 1
  • ב Bet 2
  • ג Guimel 3
  • ד Dalet 4
  • ה He 5
  • ו Vav 6
  • ז Zayin 7
  • ח ‘Heth 8
  • ט Teth 9
  • י Yod 10
  • כ Kaf 20
  • ל Lamed 30
  • מ Mem 40
  • נ Noun 50
  • ס Samekh 60
  • ע ‘Ayin 70
  • פ Peh 80
  • צ Tsade 90
  • ק Kof 100
  • ר Resh 200
  • ש Shin 300
  • ת Tav 400

La Guematria est donc un procédé par lequel le kabbaliste établit une identité entre deux mots ou deux versets dont le nombre ou valeur est identique.

La Guematria est sans doute une métathèse. Les mots d’une valeur numérique identique sont considérés comme étant une explication l’un de l’autre, et cette théorie est étendue aux phrases.

Raguil ou Mispar Gadol (« valeur traditionnelle »)

C’est la méthode traditionnelle pour l’attribution des valeurs des lettres. « Mispar gadol » signifie « grande valeur », on l’appelle aussi le « mispar raguil ».

Selon cette méthode, la lettre Shin, ש, qui vaut 300 est équivalente du nombre obtenu par la somme des valeurs numériques des lettres des mots אלהים רוח, Ruach Elohim, Esprit ou Souffle d’Elohim ; et est ainsi un symbole de l’esprit d’Elohim. Resh= 200, Vav=6, Heth=8, Aleph=1, Lamed=30, Hé=5, Iod=10, Mem=40 ; total = 300.

Lorsque le kabbaliste dit que « Dieu est amour et unité », il sait que cette vérité est enfermée dans la valeur des lettres. Les mots אחד, Achad, Unité, Un et אהבה, Ahebah, Amour ont chacun pour valeur 13. Dieu, ou יהוה, vaut Yod=10, He=5, Vav=6 et He=5 ; total = 26 qui est la somme des valeurs des mots « amour » et « unité ».

Le nom de l’ange מטטרון, Metatron et le nom de la Déité, שדי, Shaddai, font tous les deux 314 ; ainsi, le premier est pris comme symbole de l’autre.

Quant à la Guematria des phrases, (Gen. XLIX. 10), שילה יבא, Yeba Shiloh, « Shiloh viendra » qui équivaut à 358, qui est le nombre de משיח, Messiah (Messie) et נחש, Na’hash (Serpent).

Ainsi, et le passage Gen. XVII 2, שלשה והוו, Vehevva Shalisha, « Voici trois hommes ». Équivaut à la valeur numérique ורפאל גבריאל מיכאל אלו, Elo Mikhael Gabriel VeRaphael, « Ce sont Michaël, Gabriel et Raphaël » ; car chaque phrase équivaut à 701.

Nous pensons que ces quelques exemples suffisent à rendre plus claire la nature de la Guematria. Il existe différents procédés de Guematria que nous donnons ci-après.

Le procédé par intégration.

De même que toutes choses sont contenues de manière latente dans les Sephiroth, de même les nombres et les lettres enferment-ils des ramifications spirituelles et numérologiques sans fin. Ainsi, la lettre Aleph, א, ne vaut-elle pas seulement 1 mais aussi, puisqu’elle contient en elle la valeur des lettres qui composent son nom complet (אלף), peut-elle valoir 111 : 1 + 30 + 80. Il en va bien sûr de même pour toutes les autres lettres de l’alphabet. Les kabbalistes appellent ce procédé par le nom de « Millouï » ou valeur pleine.

De plus, le nom de certaines lettres de l’alphabet hébreu peut être orthographié de manière différente, il s’en suit donc que la même lettre peut avoir une « valeur » différente. Ainsi, la valeur de Beth peut être de 402 (בת) ou de 412 (בית). Sans entrer dans les détails, nous donnons ici les différentes valeurs des lettres, nous invitons le lecteur curieux à étudier l’alphabet hébraïque afin d’en vérifier la validité :

  • Beth : 402 ou 412 ;
  • Guimel : 73 ou 83 ;
  • He : 6, 10 et 15 ;
  • Vav : 12, 13, 22 ;
  • Heth : 408 ou 418 ;
  • Teth : 409 ou 419 ;
  • Mem : 80 ou 90 ;
  • Pé : 81, 85 et 90 ;
  • Resh : 500 et 510 ;
  • Shin : 350 ou 360.

De la même manière, le Nom du Tétragramme יהוה peut être intégré de différentes manières, dont les plus courantes sont :

  • 45 = (6+13+6+20) = (הא + ואו + הא + יוד);
  • 52 = (10+12+10+20) = (הה + וו + הה + יוד);
  • 63 = (15+13+15+20) = (הי + ואו + הי + יוד);
  • 72 = (15+22+15+20) = (הי + ויו + הי + יוד).

Avec ce mode de calcul, la valeur du mot « Bereshit » (בראשית), commencement, équivaut alors à 1819. Or, le Rachi dit que puisque la Torah est un recueil de préceptes, pourquoi ne commence-elle pas par le premier commandement donné aux hébreux dans Exode 12,2 ? A cette question, on peut alors répondre que le verset de l’Exode 12, 2 est le 1819e de la Torah. Le premier commandement est donc annoncé par le premier mot de la Torah qui en indique la place dans le Livre !

Le procédé par « antériorité alphabétique ».

Ce procédé consiste à additionner à la valeur numérique usuelle d’une lettre de l’alphabet, les valeurs numériques usuelles des lettres qui la précèdent. Ainsi, par ce procédé, la lettre Qôf (ק) à une valeur de 595 puisque l’addition de toutes les lettres de Aleph à Qôf donne 595. Nous donnons ici, pour la facilité du lecteur, un tableau récapitulant la « valeur par antériorité » de chacune des lettres de l’alphabet.

  • א 1
  • ב 3
  • ג 6
  • ד 10
  • ה 15
  • ו 21
  • ז 28
  • ח 36
  • ט 45
  • י 55
  • כ 75
  • ל 105
  • מ 145
  • נ 195
  • ס 255
  • ע 325
  • פ 405
  • צ 495
  • ק 595
  • ר 795
  • ש 1095
  • ת 1495

Le procédé « quaternion ».

Ce procédé se base sur la Tétraktys pythagoricienne dont la formule est 1 + 2 + 3 + 4 = 10. Par ce procédé, la lettre Daleth (ד) a une valeur non plus de 4 mais de 10. Or, si l’équation 4 = 10 peut s’écrire (1+1+1+1) = (1 + (1+1) + (1+1+1) + (1+1+1+1)), alors un mot composé de quatre lettres tel le Tétragrammaton peut voir sa valeur passer de 26 à 72 :

  • י + יה + יהו + יהוה = 10 + 15 + 21 + 26

Comme exemple à ce procédé, nous l’appliquerons au Na’hash (נחש) – qui désigne en hébreu le « serpent » – et Enosh (אנוש) – qui désigne en hébreu l’« homme ordinaire » :

  • Na’hash = (נ + נח + נחש) = (50 + 58 + 358) = 466
  • Enosh = (א + אנ + אנו + אנוש) = (1 + 51 + 57 + 357) = 466

L’on peut donc poser une identité ésotérique entre le « serpent » et l’« homme ordinaire », le « profane ». Il est ici à noter que dans tous les cas, l’identité demeure au niveau de la valeur, que celle-ci soit obtenue par l’un ou l’autre procédé. Ainsi, l’identité qui existe entre Na’hash (נחש) et Mashiah (משיח), le Messie – qui nous est donnée par la Guematria « simple », c’est-à-dire, au travers de la valeur 358 qui est la somme des lettres qui composent chaque mot demeure.

Toutefois, il n’existe pas d’identité entre Mashiah et Enosh : Enosh = 466 et Mashiah = (ח + יח + שיח + משיח), donc (8 + 18 + 318 + 358) = 702. Pas d’intimité donc entre l’« homme ordinaire » et le Messie !

Par contre, on peut dresser un parallèle assez étonnant entre la valeur de Na’hash donnée par le procédé du « quaternion » et d’autres mots tels que Golgotha (גלגלת) – lieu de crucifixion du Christ, lieu du supplice par la croix dont la symbolique se rattache de manière absolue au symbolisme du serpent – et au Olam haYetsirah (היצירה עולם), le Monde de la Formation, dont la valeur « simple » est également de 466 !!! Nous laissons le lecteur méditer sur cet exemple…

Le procédé « Im haKollel ».

Ce procédé consiste à prendre la valeur numérique de la lettre ou du mot augmenté de 1, qui représente l’unité propre au mot lui-même. On peut essayer ce procédé sur notre exemple avec Na’hash et Enosh :

  • – Na’hash = נחש = 358
  • – Enosh = אנוש = 357

Si l’on ajoute 1, selon la méthode « Im haKollel », à Enosh nous avons donc 357 + 1 = 358. Ce procédé offre, dans cet exemple, la particularité de prouver doublement l’identité entre le « serpent » et l’« homme vulgaire ». CQFD ajouterait sans doute notre ami mathématicien… Il est à noter enfin que l’on peut utiliser conjointement ces procédés et ainsi, si nous reprenons notre exemple relatif à Bereshit dont la valeur Millouï est de 1819 et que l’on applique ensuite Im haKollel, on obtient 1820. Or, ce chiffre est une allusion précise au nombre de fois que le Tétragramme est mentionné dans la Torah (rendons ici grâce au Rav Pin’has Zalman Hurwitz pour sa découverte) !!!

Le procédé de la « valeur cachée » ou Nistar.

Ce procédé restant très proche du Millouï s’en détache par le fait qu’il ne prend en compte que la partie du nom de chaque lettre qui n’est pas apparente lorsque l’on écrit cette lettre. Ainsi, cela revient à ignorer la première lettre du nom de la lettre afin d’en déterminer la valeur.

La Temourah.

La Temourah est le procédé kabbalistique qui consiste à substituer à une lettre une autre lettre en suivant des règles combinatoires appelées « Tsirouphim » afin de former de nouveaux mots. Le mot Temourah (תמורה), qui signifie « échange », est dérivé de la racine « mour » (מור) qui signifie « changer », « substituer », « remplacer ». En résumé, la Temourah est l’Art de la permutation.

Mathers, en son introduction à la Kabbalah Denudata, écrit à son sujet :

« Selon certaines règles, une lettre est substituée à une autre lettre précédente ou suivante dans l’alphabet et on forme ainsi un nouveau mot orthographié totalement différemment. Donc, l’alphabet est divisé en deux parties égales, placées l’une au-dessus de l’autre; et alors, en changeant alternativement la première lettre ou les deux premières lettres au début de la deuxième ligne, 22 commutations sont produites. Elles sont appelées les « Tables de Combinaisons de Tziruph (צירוף) ». Chaque méthode prend son nom des deux paires qui la composent, le système de paires de lettres étant la base de tout, comme chaque lettre d’une paire est substituée par l’autre lettre ».

Il y a également trois « Tables des Commutations » connues respectivement comme Droite, Avers et Irrégulière. Pour travailler avec l’une d’elles, on doit faire un carré de 484 cases remplies des lettres. Pour la « Table Droite », on écrit l’alphabet de droite à gauche dans le second rang, on commence avec ב et on termine avec א ; dans le troisième, on commence avec ג et on termine avec ב ; et ainsi de suite. Pour la « Table Avers », on écrit l’alphabet de droite à gauche à l’envers, en commençant avec ת, etc. La « Table Irrégulière » et trop longue à décrire dans le cadre de travail.

A côté de toutes celles-là, il y a la méthode appelée תשרק, « Thashraq », qui consiste simplement à écrire un mot à l’envers.

Il ya encore une autre forme importante appelée « Kabbale des Neuf Chambres » ou בכר איק, « Aiq Bekar ». Elle est formée ainsi :

La numération de chaque lettre a été inscrite dans chaque chambre afin de montrer les affinités entre les lettres. Parfois, ce système est utilisé comme code en prenant les chiffres pour montrer les lettres qu’ils contiennent, en mettant un point pour la première lettre, deux pour la deuxième, etc. Ainsi, l’angle droit, contenant איק, répondra pour la lettre ק s’il y a trois points dedans. De la même manière, un carré répondra pour ה, נ ou ך selon qu’il y ait un, deux ou trois points placés respectivement dedans.

Dans son introduction à la Kabbalah Denudata de Knorr von Rosenroth, Mathers explique : « Il y a encore une autre forme importante appelée « Kabbale des Neuf Chambres » ouאיק בכר , Aïq Bekar. Elle est formée ainsi :

J’ai inscrit la numération de chaque lettre au-dessus pour montrer les affinités entre les lettres dans chaque chambre. Parfois, elle est utilisée comme code en prenant les chiffres pour montrer les lettres qu’elles contiennent, en mettant un point pour la première lettre, deux pour la deuxième, etc. Ainsi, l’angle droit, contenant איק, répondra pour la lettre ק s’il y a trois points dedans. De la même manière, un carré répondra pour ה, נ ou ך selon qu’il y ait un, deux ou trois points placés respectivement dedans. Mais il y a bien d’autres façons d’utiliser la Kabbale des Neuf Chambres que je n’ai pas le temps de décrire ici »[1].

Il existe ainsi différents alphabets au moyen desquels le kabbaliste opère ses permutations : l’alphabet ATH-BASCH (בש את), l’alphabet AL-BATH (בת אל), l’alphabet AB-GATH (גת אב), l’alphabet AG-DATH (דת אג), l’alphabet AG-BAG (בג אד), l’alphabet AH-BAD (בד אה), l’alphabet AV-BAH (בה או), l’alphabet AZ-BAV (בו אז), l’alphabet ACH-BAZ (בז אח), l’alphabet AT-BACH (בח אט), l’alphabet AI-BAT (בט אי), l’alphabet AKH-BI (בי אך), l’alphabet AL-BAKH (בך אל), l’alphabet AM-BAL (בל אם), l’alphabet AN-BAM (בם אן), l’alphabet AS-BAN (בן אס), l’alphabet AA-BAS (סב אע), l’alphabet APH-BA (בע אף), l’alphabet ATS-BAPH (בף אץ), l’alphabet AK-BATS (בץ אק), l’alphabet AR-BAK (בק אר), l’alphabet ASCH-BAR (בר אש), l’alphabet AB-GAD (גד אב), l’alphabet AL-BAM (בם אל).

Le Notariqon.

Le terme hébreu de Notariqon (נוטריקון) est dérivé du mot latin notarius, un écrivain. Il y a deux formes du Notariqon.

Dans le premier système, chaque première lettre d’un mot est prise pour l’initiale ou l’abréviation d’un autre mot, ainsi, des lettres d’un mot, on peut former une phrase. Par exemple, chaque lettre du mot בראשית, Berashith, le premier mot de la Genèse, est prise comme initiale d’un mot pour former תורה ישראל שיקבלו אלהים ראה בראשית, Berashith Rahi Elohim Sheyequebelo Israel Torah :

« Au commencement, Elohim vit qu’Israël accepterait la Loi ».

Dans le même sens, nous pouvons citer – même s’il s’agit là de Cabale chrétienne – six exemples intéressants de Notariqon formés à partir du même mot בראשית offert par Salomon Meï Ben Moïse, un kabbaliste juif, qui embrassa la foi chrétienne en 1665 et pris le nom de Prosper Rugers :

  • – Le premier exemple est תמים יחד שלושתם אב רוח בן, Ben Ruach Ab Shaloshethem Yechad Themim, « Le Fils, l’Esprit, le Père, leur Trinité, Parfaite Unité. »
  • – Le second est, תעבודו יחד שלושתם אב רוח בן, Ben Ruach Ab Shaloshethem Yechad Thaubodo : « Le fils, l’Esprit, le Père, vous adorerez La Trinité de la même manière. »
  • – Le troisième, תעבודו ישוע שמו אשר ראשוני בכורי, Bekori Rashuni Asher Shamo Yeshuah Thaubado, « Vous adorerez Mon premier-né, Mon aîné, dont le nom est Jésus. »
  • – Le quatrième, תעבודו ישוע שמו אשר רבן בבוא, Bedoa Rabban Asher Shamo Yeshuah Thaubado, « Quand le Maître viendra dont le nom est Jésus, vous l’adorerez. »
  • – Le cinquième, תאשרוה ישוע שתלד אבחר ראויה בתולה, Bethulah Raviah Abachar Shethaled Yeshuah Thrashroah, « Je choisirai une vierge qui puisse donner Jésus, et vous l’appellerez bénie. »
  • – Le sixième est תאכלו ישוע שגופי אסתתר רצפים בעוגת, Beaugoth Ratzephim Assattar Shegopi Yeshuah Thakelo, « Je me cacherai dans des gâteaux cuits au charbon, et vous mangerez Jésus, Mon Corps. »

La seconde forme de Notariqon est l’inverse de la première. Par celle-ci, les initiales ou les finales ou les deux ou les médianes d’une phrase sont prises pour former un mot ou des mots. Ainsi la Kabbale est appelée נסתרה חכמה, Chokhma Nesthora, « la sagesse secrète » ; et si nous prenons les initiales de ces deux mots, ח et נ, nous formons, par la deuxième forme de Notariqon, le mot חן, Chen, « grâce ». De la même manière, des initiales et finales des mots שמימהה לנו יעלה מי, Mi Iaulah Leno Ha-Shamayimah, « qui ira au ciel pour nous ? » (Deut. XXX, 12) sont formés מילה, Milah, circoncision et יהוה, le Tétragrammaton, ce qui implique que Dieu a institué la circoncision comme moyen d’atteindre le ciel. Enfin, Le nom Adam (אדם) est considéré par les commentateurs comme la notariqa des noms d’Abraham, de David et de Moïse.

[1] Introduction de Mathers à sa traduction anglaise de la Kabbalah Denudata de Knorr von Rosenroth. Traduction française par Spartakus FreeMann sur ce site : Introduction à la Kabbalah Denudata de Knorr von Rosenroth.

Guematria, Temourah et Notariqon, SpartakusFreeMann, zénith de Libertalia, septembre 2003 – décembre 2009 e.v


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